Hieronim LISTOWSKI, Ingénieur en Architecture – Urbaniste (DEPV), Professeur d’Architecture et d’Urbanisme de 1968 à 1995


A propos de la place René CASSIN


... « Il ne s’agit pas de massacrer un lieu magnifique, mais d’améliorer un jardin mal fichu. » ...

Et on améliore ce jardin qui à vrai dire n’était pas si mal fichu que ça ! Louis Arretche, architecte coordinateur, a réussi à faire un jardin urbain. Un grand jardin de quartier sans axes. Paris pouvait se permettre d’avoir un jardin qu’il n’était pas « à la française ». La meilleure preuve de sa réussite est que ce jardin a été tout de suite adopté, habité par les riverains, les parisiens.


La place René Cassin - réalisée par Henri de Miller - revêt une importance singulière du fait de sa position au sein du jardin. Pourquoi ? Le « dialogue » de la place avec la rosace du transept de l’église de St Eustache contribue à la beauté et à la poésie du lieu.


Mais le côté particulier des Halles c’est que tous les axes historiques se rencontrent, ce qui a permis à la ville de s’agrandir. C’est certainement pour cela que chaque aménagement de ces 35 ha suscite des passions, des « combats » et une attention particulière.

Les axes, il faut dire plutôt les faisceaux des axes, Nord-Sud et Est-Ouest, passent par les Halles et ils se croisent.


Les axes Est-Ouest sont ceux des grandes places de Paris. Ils sont définis par les rues des Petits Champs, Saint-Honoré, Rambuteau, Francs Bourgeois, Saint-Antoine et liés aux places de la Concorde, Vendôme, des Victoires, du Palais Royal, des Vosges. Elles entourent, elles « encadrent » le secteur des Halles.


Les axes Nord-Ouest sont ceux de la rue Saint-Denis (voie royale), boulevard Saint-Michel, rue Saint-Martin (voie romaine), rue Saint-Jacques, rue Montorgueil, place Dauphine, Luxembourg.


Le point culminant de l’axe Sud partant de la place Dauphine, c’est la rosace du transept de l’église de St Eustache. A ses « pieds » se trouve la place René Cassin.

Est-ce un hasard ? Je ne le pense pas.


Certes, on peut ignorer la trace de l’histoire qui est inscrite dans le paysage urbain. On peut... mais, l’architecture de la ville est le résultat de la partition de l’espace en quatre dimensions. La quatrième, le temps, c’est la mémoire, les rêves, l’espoir.

Ceci est valable aussi bien pour les constructions en « dur » qu’en végétal.

La place René Cassin se trouve dans cet endroit particulier où les axes qui constituent la ville et son histoire sont présents. La beauté, et la poésie de ce lieu y sont liées.

C’est dommage de supprimer un lieu communément admis comme important. Dommage de rejeter la belle et élégante proposition de Pierre Colboc qui ne peut qu’enrichir votre projet.