Thierry DELABALLE, designer, ancien collaborateur de Louis ARRETCHE


Original d'une lettre rédigée par Thierry Delaballe et adressée à Jacques Chavonnet, Président de l'association de défense des riverains Châtelet-Les Halles (16 mai 2008)


Original de la lettre rédigée par Thierry Delaballe et reproduite ci-dessous (2 novembre 2010)


Cette lettre est mon témoignage concernant des discussions auxquelles j'ai assisté en tant que collaborateur de Louis Arretche, architecte du jardin des Halles, entre celui-ci et Henri de Miller, sculpteur et auteur de la tête dénommée « L'Ecoute », située place Cassin, et d'un cadran solaire installé non loin de celui-ci.

Le sujet de ces conversations portait sur ces deux sculptures. En plein accord, le sculpteur et l'architecte avaient décidé que « L'Ecoute » devait, étant donné son thème, être en contact direct avec le sol, de façon à ce que l'oreille, placée contre celui-ci, donne l'impression de capter les rumeurs souterraines de la ville. L'idée de jucher cette tête sur un socle ou un gradin avait donc été écartée, comme un contresens absolu.

Par ailleurs, le dessin de la place, tel que concerté entre Henri de Miller et Louis Arretche, représente un labyrinthe, destiné à suggérer un chemin initiatique conduisant vers la sculpture. Sculpture et dessin de la place forment donc, de par la volonté des deux créateurs, un ensemble.

En écho à cette place, qui épouse la forme d'une conque, d'un coquillage géant, répondait un autre thème marin, lui aussi voulu par le sculpteur et l'architecte : celui du cadran solaire en forme de vague situé à proximité.

Ces différents éléments : « L'Ecoute », la place semi-circulaire et la vague du cadran solaire, constituent donc, dans l'esprit de leurs créateurs, un TOUT INDISSOCIABLE, destiné à offrir au cour de la ville un climat de méditation et de poésie.

C'est pourtant cet ensemble qu'il est prévu de détruire ! A l'ombre et dans l'intimité de l'église Saint Eustache, en parfaite continuité avec elle, une ouvre remarquable, riche de sens et appréciée des Parisiens, est vouée à la démolition.

Ceci, ajoutons-le, dans le mépris le plus absolu du droit moral des auteurs et de leurs héritiers !

Ce sera assurément, de la part de la municipalité de Paris et de son maire, une mauvaise action - à la fois une erreur et une faute. Elle ne leur fera pas honneur !