Jérôme Auzolle, architecte

L’affaire des Halles ! Hypocrisie et vieilles bretelles au pavillon de l’Arsenal !


Publié sur le site Archicool le 8 décembre 2010



On devait voir ce que nous devions voir… On a vu une maquette en balsa et plexiglas expurgée de tout contexte. Donc rien d’autre qu’une maquette d’intentions aux formes molles et retombantes, toujours aussi peu maîtrisées, niveau 2ème année d’architecture par un étudiant charrette qui aurait couru trouver l’inspiration au rayon abattants de Water-Closet du BHV.

La seule performance de Patrick Berger, l’architecte, est sa pugnacité à cacher une réalité dérangeante : un bloc d’un demi hectare et haut de quinze mètres là ou il y a actuellement la générosité du vide… (Vide, dont le pavillon français à Venise nous vantait les bienfaits il y a encore quelques semaines !)

Au delà du paradoxe de vouloir faire aujourd’hui le contraire de ce qui avait été fait il y a trente ans (offrir un vide à la ville, là ou les pavillons Baltard congestionnaient un quartier insalubre) : à défaut d’une place urbaine, il était offert un jardin, et surtout un centre commercial qui ne dépassait pas du niveau du sol, permettant depuis la place de la fontaine des Innocents de redécouvrir les perspectives sur Saint-Eustache. Un cône de vision historique était ouvert au profit des parisiens, tout en remplissant le programme commercial. C’est l’occultation de ce cône de vision historique que veulent absolument cacher, ou ignorer, les promoteurs de ce projet besogneux et laborieux.


Rappel

Le Forum des Halles : La seule déconvenue de cette opération souterraine des années 80, sera le refus des marques de luxe de venir s’installer au forum. Trop enterré, pas assez chic, pas assez classe ! Bref un centre commercial comme un autre. Du coup les fashion victims huppées trouveront refuge du coté de la rue du point du jour (Agnès B sera la pionnière) ou un peu plus loin coté place des Victoires (Kenzo).

Malgré tout, le Forum des Halles n’eut pas trop à souffrir de ce snobisme, puisque un autre facteur imprévu fera la fortune des commerçants, le détournement de ce à quoi avait été prévu le RER (Réseau Express Régional), les trajets travail-domicile, ce qui permit à tous les teenagers des communes environnantes de venir se rencontrer ici. Hypnotisés comme les abeilles par le pistil des fleurs, “Chatelet-Les Halles” a été un pays de cocagne pour toutes ces générations souvent mises à l’écart ailleurs.

Cependant l’avenir est doté de quelques nuages. Le développement d’une manière ou d’une autre des liaisons inter-banlieues, puis la courbe démographique vont faire perdre au Forum des Halles une partie de sa clientèle devenue par la force des choses, fétiche. Il est donc urgent d’essayer de remédier aux critiques initiales du projet.

Sans doute en lui donnant “une forme” visible et appréhendable, mais la réalité du site ne favorise pas dans cette assiette encaissée et relativement étroite, qui plus est, en concurrence avec l’imposante Saint-Eustache, un geste architectural justifié.

David Mangin, sorti d’on ne sait où, fut déclaré lauréat du parti urbain, il proposait un “toit magique”, vaste hangar de supermarché. Il fit face à une telle levée de boucliers devant cette nullité annoncée, qu’à la demande du maire, un concours fut immédiatement organisé qui vit la victoire tout aussi sulfureuse de l’architecte Patrick Berger, avec une “promesse” de tapis volant, qui au fil du temps est devenue ce que l’on peut voir actuellement au pavillon de l’Arsenal. Une maquette de 65m2 nous était annoncée, curieusement elle ne montre pas le contexte (le projet dans le quartier.) C’est fâcheux tout de même lorsque l’on construit un tel bloc opaque (un demi hectare, quinze mètres de haut) à proximité immédiate d’un bâtiment historique. Mais alors que sommes-nous censés voir ici ? L’entêtement du maire de Paris ? Son absence de vision ? Son incompétence en matière architecturale ? Ses mauvais conseillers incapables de l’en sortir ? Son mépris des Parisiens en multipliant les mensonges ? La médiocrité du niveau de l’architecture en France ?


Formes Molles, mais n’est pas Dali qui veut !

L’objet en lui même ne permet toujours pas de comprendre l’utilité d’un tel effort financier au-delà de l’enrichissement du BTP (un milliard d’euros), ni la justesse architecturale : l’objet n’est pas étanche, ce n’est pas un toit, ni un coupe vent, il va assombrir, là où la lumière descend actuellement jusqu’au niveau -4, et surtout compliquer les dessertes incendie. Il bouche les perspective sur Saint-Eustache (les animations et images de synthèse mentent allègrement, soit en optant pour un point de vue surélevé, non accessible aux piétons, soit en ouvrant la focale au delà même de ce à quoi Hollywood nous a habitués dans ses pires excès, soit en nous faisant croire à une transparence devenue bien opaque).

Accessoirement, la maquette, malgré son échelle, est digne d’un APS (avant-projet sommaire) ; elle ne résout pas toutes les contingences qui viendront se greffer dessus. Besogneux et laborieux là où il aurait fallu un vrai talent inspiré. C’est aussi cela que cache cette catastrophique opération anti-transparence.

Mais pourquoi avons-nous une aussi mauvaise architecture en France ? Et une telle gouvernance locale ?